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Martial Saugy, toujours positif

Alain Schafer - La Broye du 16 janvier 2014 16.01.2014 08:01

Martial Saugy est pour beaucoup dans la réputation internationale de Lausanne dans la lutte contre le dopage. Sous sa direction, le Laboratoire suisse d’analyse du dopage (LAD) a acquis ses lettres de noblesse et ses services sont régulièrement demandés lors d’événements sportifs planétaires. Après Turin et Vancouver, il sera à nouveau impliqué dans les analyses antidopage aux Jeux de Sotchi, du 6 au 23 février prochain. A quelques jours de l’ouverture du village olympique, le Broyard a, de plus, été promu professeur associé de l’UNIL au Centre universitaire romand de médecine légale et tiendra sa leçon inaugurale ce soir au CHUV à Lausanne. En marge de cette promotion, il a ouvert les portes de son laboratoire à Epalinges pour nous parler du passeport biologique, des nouveaux défis auxquels fait face son laboratoire, ainsi que des Jeux.
– Martial Saugy, cette promotion est-elle une consécration?
– Non, pas vraiment, ça fait déjà un moment que j’enseigne, comme à l’Institut des sciences du sport ou encore à l’Ecole de médecine de l’UNIL. Je la vois plutôt comme une reconnaissance, une officialisation de mon statut et le fruit de mes recherches.
– Votre leçon inaugurale de ce jeudi a pour thème: «Le passeport biologique de l’athlète: espoir ou illusion d’un sport sans dopage.» Vous situez-vous du côté de l’espoir ou de l’illusion?
– Le sport sans dopage est une illusion, c’est un fait, mais on peut freiner les habitudes de dopage, grâce au passeport biologique. C’est comme sur la route. S’il n’y a qu’un ou deux radars et que vous savez où ils sont, vous allez rouler plus vite. S’il y en a dix et que vous ne savez pas où ils sont, vous aurez tendance à respecter la vitesse tout le long. Cela agit comme régulateur de vitesse. Avec le passeport, les athlètes ne savent pas quand et où ils vont être contrôlés. Pour éviter de vivre dans un stress continu, la plupart d’entre eux ont tendance à ne plus tricher. Le but est de rendre les contrôles les moins prévisibles possible et mettre les gens en situation instable pour empêcher une routine du dopage, comme ça se passait avant les années 2000, où les règles permettaient le dopage.
– Pouvez-vous déjà tirer un bilan de cette stratégie à ce jour?
– C’est encore un peu court pour tirer des conclusions, mais on a pu constater déjà une régression du dopage depuis cinq?ans. Les cas de dopage sont de plus en plus isolés et le dopage généralisé n’existe plus. Il n’y a plus que quelques cadres qui peuvent se payer des régimes de dopage très avancés, pour échapper à la détection.
– On dit que les acteurs de la lutte antidopage ont toujours une longueur de retard sur les nouvelles techniques. Est-ce toujours le cas?
– Le dopage aura toujours un temps d’avance, mais la distance n’a jamais été aussi courte, on est presque à bout touchant. Les failles dans la détection sont toujours possibles, il faut donc ajouter des paramètres supplémentaires au passeport biologique, comme des paramètres moléculaires, liés aux phénomènes biologiques observés chez les athlètes. On travaille tous les jours au laboratoire pour développer ces techniques et combler ce retard.
– Les prochains JO auront lieu en Russie. N’avez-vous pas des craintes que la lutte contre le dopage soit rendue compliquée là-bas?
– Les Russes sont sous la pression de la communauté internationale. Ils ont une longue histoire commune avec le dopage et beaucoup sont sceptiques par rapport à l’efficacité des contrôles dans ce pays. On a beaucoup investigué sur les athlètes russes après Pékin et on en a attrapé pas mal. Il y a des problèmes dans plusieurs disciplines, comme l’athlétisme ou le ski nordique. Ce qu’il faut, c’est casser la protection d’un système. Mais ce qui est sûr aussi, c’est qu’on ne peut pas ignorer la Russie en matière de lutte antidopage, dans ce pays qui a toujours eu une grande culture du sport. La meilleure solution pour nous était de leur tendre la main et de collaborer avec eux car cette lutte est devenue mondiale. Nous voulons les aider à acquérir de la crédibilité et changer les mentalités, les convaincre qu’ils peuvent rester une grande nation du sport sans dopage.
– Quel sera le rôle du laboratoire de Lausanne en Russie?
– Le CIO aura ses propres experts sur place qui ont déjà dirigé des laboratoires olympiques. L’Agence mondiale antidopage aura aussi des scientifiques et des observateurs, chargés de contrôler que le laboratoire russe travaille correctement à Sotchi. Six experts de notre laboratoire en feront partie sur 18 scientifiques, soit la plus grande délégation.
– Et vous, en quelle qualité irez-vous à Sotchi?
– En tant que consultant auprès du ministre des Sports russe, Vitali Moutko, que je connais depuis les Championnats du monde d’athlétisme de Moscou (été 2013). Je devrais m’assurer que tout se passe bien sur place, au laboratoire. Il est très content d’avoir un Suisse auprès de lui et m’a affirmé qu’il ne m’en voulait pas, même si on a attrapé plusieurs fois des athlètes russes (rires).

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