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Un mauvais clic et une bonne claque

Rémy Gilliand - La Broye du 27 septembre 2012


PRÉVENTION Une conférence publique sur les dérives et dangers des réseaux sociaux a eu lieu le 3 octobre prochain à la Prillaz à Estavayer-le-Lac, avec notamment Jean-Bernard Siggen, chargé de prévention à la Brigade des mineurs. Rencontre.

 

 Jean-Bernard est plus souvent dans les classes, parmi les écoliers, que devant un ordinateur, mais il a acquis toute la pédagogie nécessaire pour montrer tous les dangers qui peuvent se cacher derrière un simple clic de souris.photo rémy gilliand
«En faisant de la prévention parmi les jeunes, j’ai toujours l’espoir qu’ils restent sur le bon chemin. C’est souvent plus facile que les adultes», lance malicieusement Jean-Bernard Siggen. Chargé de prévention à la Brigade des mineurs de la police cantonale fribourgeoise, cet ancien professeur de cycle d’orientation sillonne les classes primaires et secondaires depuis près de huit ans. Chaque année, le sympathique et volubile personnage rend visite à près de 200 classes et voit ainsi annuellement entre 3500 et 4000 élèves.
Au fil des ans, Jean-Bernard Siggen a acquis une sacrée expérience sur les modes de vie et de loisirs des écoliers d’aujourd’hui. Le mercredi 3 octobre, il sera à la Prillaz à Estavayer-le-Lac pour une conférence qui a pour thème: «Les réseaux sociaux, dérives et danger.» Tout un programme qui tombe à pic, suite aux événements «Projets X» de Cousset, mais aussi ceux plus dramatiques des Pays-Bas, entre autres. Nous en avons profité pour lui poser quelques questions.

 

 

– Durant ces dernières années, comment a évolué votre message auprès des jeunes?
– Au début, on ne parlait pas encore de réseaux dits sociaux. On était plutôt sur les chats ou autres forums de discussion. On évoquait les dangers propres à l’utilisation d’internet, avec la pornographie ou la pédophilie, de jeux vidéo aussi. Puis cela a gentiment évolué vers l’utilisation de Facebook, entre autres. Les techniques et moyens de communication ont évolué, mais pour moi le message reste le même.
– Quel est ce message?
– La méfiance, c’est le mot-clé. Les ordinateurs ont envahi les écoles. Les élèves sont aussi fort bien équipés, soit avec leur téléphone portable ou leur ordinateur à la maison. L’outil informatique est fantastique, mais derrière chaque ordinateur il y a un être humain, plus où moins bien intentionné. Et c’est là qu’il faut faire très attention.
– Comment sensibiliser les plus jeunes alors?
– En les écoutant sur leur vécu, en leur montrant des exemples concrets d’expériences qui ont mal tourné, alors qu’elles paraissaient tout à fait anodines au départ et en leur réitérant les conséquences d’une bêtise.
– Avez-vous des exemples concrets?
– L’utilisation de la webcam peut parfois s’avérer dangereuse. Surtout quand le soi-disant ami, qui est de l’autre côté, utilise les images envoyées à mauvais escient, sans véritablement se rendre compte du mal qu’il peut faire. Tel fut le cas d’une jeune fille, dont les photos postées sur internet à son insu eurent des conséquences telles que le lendemain elle était la risée de toute l’école et qu’elle n’a plus voulu y aller. Les deux parties se sont rendu compte de leurs erreurs et la plainte a été retirée. Mais cela a été assez douloureux pour tout le monde.
– Il y a forcément aussi des choses plus positives dans votre métier?
– Pour reprendre une phrase bateau, je dirai que ce n’est que du bonheur. Elle va «vachement» bien, notre jeunesse, il faut le souligner. D’ailleurs le nombre de dossiers à la Chambre pénale des mineurs a fortement diminué ces dernières années et c’est tant mieux. On ne peut pas dire qu’il y a plus de violence qu’avant, mais par contre elle est beaucoup plus forte, plus marquée, voire parfois plus sournoise. Cela est dû avant tout aux moyens de communication qui se sont développés. Les jeunes prennent souvent exemple sur ce qu’ils voient et c’est là qu’il faut être prudent.
– Et le rôle des parents?
– Justement, pour les jeunes les parents ou adultes sont des exemples. C’est là qu’il faut jouer serré. D’ailleurs, savez-vous que Facebook n’est conseillé que depuis l’âge de 13 ans?
– C’est un peu comme les jeux vidéo, rien n’est respecté?
– Oui, mais si un enfant utilise Facebook en dessous de l’âge préconisé, cela n’est pas nécessairement un problème, à la condition qu’un parent soit derrière lui. Cela devrait d’ailleurs être la règle pour toute utilisation d’internet.
– On en vient donc au principe des vieilles bonnes règles?
– Un cadre, c’est exactement ce dont les jeunes ont besoin. D’ailleurs, lors de mes visites, je martèle toujours mes trois mots-clés: droit, devoir, respect. Les gamins ont besoin d’un cadre, c’est essentiel et nous – la police – nous sommes là pour leur rappeler les risques qu’ils encourent si des barrières sont franchies.
Un enfant m’a même dit un jour: «Si nos parents nous disent non, c’est justement parce qu’ils nous aiment et qu’ils veulent nous protéger.» J’ai trouvé ça beau et révélateur. Encore faut-il dire je t’aime à son enfant.
Les parents doivent rester père et mère et ne pas jouer le rôle «d’amis». C’est un autre signe symptomatique de notre époque.
– Malgré votre éternel optimisme, avez-vous tout de même des inquiétudes?
– C’est surtout sur les conséquences de certains actes sur internet que j’ai des frissons. Bien souvent, l’être humain est touché au plus profond de sa nature. Nul ne sait jusqu’où l’on peut toucher les gens en les insultant, les harcelant, voire en les dénigrant. Pour récupérer derrière tout ça, c’est parfois mission impossible et les conséquences peuvent être désastreuses.
– Là, vous évoquez la traçabilité?
– Oui et il faut toujours penser à la sécurité sur la Toile. D’ailleurs, récemment, dans une classe, après mon passage, onze élèves ont été vers leur professeur, afin de faire sécuriser leur profil Facebook. Sans me vanter, j’étais heureux, car c’est bien là un signe de prise de conscience des dangers potentiels.

 
 

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